Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique — Chapitre III

Les voyants autrefois et maintenant

Daria Klanac, Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique, avec la collaboration du théologien Arnaud Dumouch, Informativni centar Mir, Medjugorje, en coédition avec les Éditions Sakramento, Paris, 2012, 2e éd. (1re éd. 2008, ISBN 978-2-915380-19-4 & 978-9958-36017-6), chapitre iii, pages 23 à 29.

Pages liées

Histoire des apparitions
 

 

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Les voyants autrefois et maintenant

 

Ivanka Ivanković (aujourd’hui épouse Elez)

Ivanka est née en 1966, à Bijakovići. Elle étudie à Mostar où elle va à la messe tous les dimanches, prie régulièrement et fréquente le catéchisme. L’enseignement de la catéchèse qui se donne dans la paroisse franciscaine de Mostar est accompagné parfois du visionnement de films à caractère religieux, mais on ne parle pas d’apparitions. Ivanka entendra parler de Lourdes après avoir vu la Vierge. Au début des apparitions, Ivanka est en deuil de sa maman, décédée quelques mois plus tôt.

Selon les dires d’Ivanka, la Vierge apparaît chaque soir: « Je vous dis que je l’ai vue. Peu importe qu’ils croient ou ne croient pas […] Mon père, c’est comme lorsque je vous parle face à face. » (28 juin 1981, en soirée[10])

Ivanka ne sait pas pour quelle raison précise la Vierge lui apparaît à elle, mais elle est certaine qu’elle voit la Vierge Marie. Si c’était Satan, il fuirait la prière et l’eau bénite, pense Ivanka.

Le 29 juin 1981, les voyants sont emmenés à Mostar, au service psychiatrique du Docteur Dzudza. On menace de les interner dans un asile et de les séparer les uns des autres s’ils se rendent une fois de plus à la colline. Ivanka a très peur de l’hôpital, car cela lui rappelle sa maman si malade avant de mourir. À cause de cette peur de l’hôpital, elle promet au Père Zrinko Čuvalo qu’elle n’ira plus à la colline.

[p. 24]« Mais l’heure venue, vers 17 h 30, je sentais que je devais y aller. Tout m’attirait là-haut. Je devais y aller. » (30 juin 1981)

« Je ne regretterais même pas qu’on me tue parce que je vois Gospa. »[11] (28 juin 1981)

Ivanka parle de manière simple, convaincante et claire. Elle ne se laisse confondre par rien ni personne. Peu importe si elle n’a pas de réponse à toutes les questions qu’on lui pose, peu importe ce qu’on peut penser d’elle: le fait de voir la Vierge la rend heureuse et l’incite à s’approcher plus souvent des sacrements.

Elle a connu des apparitions quotidiennes jusqu’au 7 mai 1985. Depuis lors, elle a une rencontre avec la Vierge le jour de l’anniversaire des apparitions, soit le 25 juin de chaque année. Ivanka Ivanković Elez est mère de trois enfants. Elle vit dans le hameau Miletina, paroisse de Medjugorje. Son mari et elle ont une pension pour accueillir les pèlerins. Elle y travaille discrètement en tant que maîtresse de maison.

Mirjana Dragićević (aujourd’hui épouse Soldo)

Mirjana est née en 1965. En 1981, elle vit chez ses parents, à Sarajevo. Ce sont des catholiques pratiquants. Mirjana est en 2e année du secondaire et c’est une bonne élève. Dans sa classe, à peine quatre ou cinq élèves sont catholiques. Sarajevo est un milieu multiethnique et la majorité des jeunes ne prient pas. À cette époque, le régime communiste enseigne l’athéisme dans les écoles. Les croyants sont souvent exposés au mépris. Mirjana vit en retrait, ne s’expose pas. Elle passe ses vacances d’été à Medjugorje, chez sa grand-mère.

Le premier jour des apparitions, Mirjana est en compagnie d’Ivanka. C’est Ivanka qui voit la Vierge la première. [p. 25]Mirjana, une fille de la ville, ne croit pas avant de voir: « Mais quelle Gospa ? », s’exclame-t-elle. Mais dès qu’elle tourne son regard vers la colline, elle est convaincue. Et son émotion est intense !

Au début, Mirjana est très sensible à tout ce qu’on dit des voyants, ouvertement ou dans leur dos, concernant les rumeurs de maladie mentale ou de consommation de drogues. Les plus grands soupçons pèsent sur elle, car elle vient de Sarajevo: même les franciscains pensent qu’il faut l’éloigner, car elle aurait peut-être apporté de la drogue. Mais bien vite, la certitude de voir la Vierge libère totalement Mirjana et lui permet de faire face à ces fausses accusations.

Ses parents sont inquiets et ont peur pour elle. Aurait-elle perdu la raison ? Ils veulent la ramener à Sarajevo avec eux, mais elle ne se laisse pas faire: à Medjugorje, quelque chose d’irrésistible la retient sur place.

Plus que les autres voyants, Mirjana a été soumise à des interrogatoires par les franciscains: cinq entretiens en tout.

Les apparitions quotidiennes ont cessé pour elle le 25 décembre 1982. La Vierge lui a alors promis qu’elle lui apparaîtrait une fois l’an, le jour de son anniversaire de naissance, le 18 mars.

Par ailleurs, chaque deux du mois, depuis 1987, Mirjana prie avec la Vierge pour les incroyants, c’est-à-dire pour tous ceux qui n’ont pas encore rencontré l’Amour de Dieu.

Depuis qu’elle est mariée, elle vit à Bijakovići, dans la paroisse de Medjugorje. Elle est mère de deux enfants. Parfois elle accepte des rencontres avec les pèlerins.

Vicka Ivanković (aujourd’hui épouse Mijatović)

Vicka est l’aînée des voyants. Née en 1964, elle vient d’une famille nombreuse et pauvre. Comme la majorité des [p. 26]pères de famille du village à cette époque-là, le sien travaille en Allemagne. Vicka est en première année de Technique du textile à Mostar.

Cet été 1981, elle suit un cours de rattrapage en mathématiques. En la fête de saint Jean-Baptiste, le 24 juin, Vicka convient avec Mirjana et Ivanka d’aller en promenade. Mais Vicka est en retard au rendez-vous. En effet, au retour de son examen à Mostar, par cette chaude journée d’été, elle souhaite se reposer un peu. Quelques heures plus tard, courant à la rencontre de ses amies, une surprise l’attend et elle entrera, elle aussi, sur la scène de l’événement. Après le premier choc et la peur de l’inconnu, Vicka deviendra et restera un audacieux témoin de ce qu’elle a vu. Sa voix énergique se fait valoir dans le groupe d’enfants. Sûre d’elle, elle va déclarer: « Nous savons ce que nous disons. Nous sommes plus que certains. » (30 juin 1981, en matinée)

Un désir irrésistible l’attire à la colline; elle n’a peur de rien: « Si quelqu’un me dit qu’il va me tuer, je la [Gospa] regarderais encore. Que j’aille en prison, nous irons tous. » (28 juin 1981, en matinée)

Seule la Vierge retient toute son attention et Vicka développe avec elle une fidèle amitié de joie et de croix à long terme.

Elle affirme toujours avoir des apparitions quotidiennes. Elle est mariée et mère de deux enfants. Vicka aime parler aux pèlerins afin de transmettre au plus grand nombre les messages de Marie.

Marija Pavlović (aujourd’hui épouse Lunetti)

Née en 1965. En 1981, Marija va sur ses seize ans. Elle est en première année de coiffure pour hommes, à Mostar. Elle suit un cours de récupération dans une des matières académiques. Marija vient d’une famille nombreuse et pauvre. [p. 27]Le père et les frères aînés travaillent en Allemagne. Marija manque rarement sa messe du dimanche à Mostar et son catéchisme. À la maison, il lui arrive de remplacer sa maman dans les travaux ménagers. Elle considère que le travail bien fait et offert à Dieu est aussi une prière. Elle aime la lecture pieuse.

Pendant les vacances d’été, Marija rencontre souvent Vicka, Ivanka et Mirjana. Mais le 24 juin 1981, elle n’était pas avec elles en promenade. C’est sa sœur Milka qui, en allant chercher les moutons en dehors du village, à l’endroit nommé Podbrdo, (au pied de la colline) rencontrera Ivanka et Mirjana. Son regard, ce jour-là, s’arrêtera sur l’apparition lumineuse à la colline, et l’image qu’elle verra, pour la première et la dernière fois, restera gravée dans sa mémoire. Le lendemain, à la place de Milka, sa sœur Marija se joindra au groupe d’enfants. Le premier soir, Marija a de la difficulté à croire que ses amies et sa sœur ont vu la Vierge. Mais le deuxième jour, dès que la Vierge réapparaît et que Vicka accourt la chercher, elle partira en courant à la colline, comme portée par le vent. Marija ne peut décrire ce qu’elle ressent en regardant la Vierge. Les mots lui manquent. Ce qu’elle voit et ce qu’elle vit n’est comparable à rien d’ici-bas.

Le troisième jour, Marija a une apparition alors qu’elle est seule. En descendant la colline, la Vierge lui apparaît avec au-dessus d’elle, une grande croix. Cette croix est grise, de la même couleur que la robe de la Vierge. La Vierge lui adresse alors un important message de paix et de réconciliation.

Le vingt-cinq de chaque mois, Marija transmet le message de la Vierge destiné à la paroisse et au monde.

Marija est mariée et mère de quatre garçons. Elle vit en Italie, mais se rend souvent à Medjugorje. Où qu’elle se trouve, Marija prie avec les pèlerins ou dans des groupes de prière, aux intentions de la Vierge.

[p. 28]Ivan Dragićević

Né en 1965, il a seize ans au début des apparitions. En cet après-midi du 24 juin 1981, il va chercher des pommes après avoir joué au football avec son copain, Ivan Ivanković. Sur le chemin du retour, ils rencontrent quelques filles du village qui leur disent voir la Vierge. Après l’avoir aperçue lui aussi, il court, apeuré, à la maison. Mais l’apparition qu’il a entrevue rapidement sur la colline de Crnica l’attire et le poursuit dans ses pensées durant toute la nuit, jusqu’au lendemain.

Ivan est un garçon solitaire. Il ne parle pas beaucoup, ne se dévoile pas. Il a de la difficulté à exprimer ses sentiments et sa conversation est entrecoupée de silences. Il ne répond pas à toutes les questions, mais affirme sans réserve ce qu’il voit. La sobriété de ses paroles n’amoindrit pas la force de son expérience. Quoique craintif et timide, Ivan est inébranlable dans son témoignage de la vision.

Dans la famille Dragićević, tous les jours on récite les prières. Depuis qu’il voit la Vierge, Ivan a pris davantage conscience de sa foi.

Ivan est fasciné par la beauté de la Vierge: « Je la regarderais seulement. » (28 juin 1981, en soirée)

Il est aujourd’hui marié et père de quatre enfants. Ivan affirme voir la Vierge tous les jours. Craintif et réservé au début, il a acquis de l’assurance et de la confiance en lui; il est devenu un véritable ambassadeur de la Vierge à travers le monde. Il est particulièrement préoccupé par le problème des jeunes et, en conséquence, par la problématique familiale. Avec son groupe de prière, il continue de prier aux intentions de la Vierge. Il vit six mois à Medjugorje et six autres à Boston.

Jakov Čolo

Né en 1971. Il a dix ans à l’époque des événements et vit avec sa mère. Il vient de terminer sa quatrième année [p. 29]élémentaire. Jakov est le plus jeune du groupe des voyants dont l’âge varie entre 10 et 16 ans.

Le premier jour de l’apparition, Jakov n’est pas là. Le deuxième jour, il se trouve chez Marija; il la suit au moment où, répondant à l’invitation de Vicka, elle se rend à la colline où la Vierge apparaît. À travers les pierres et les buissons épineux, Jakov gravit la pente à une vitesse incroyable. Il ne sent rien et ne porte même pas trace d’une égratignure. Ce sera pour lui un signe étonnant.

Jakov est particulièrement heureux de voir la Vierge: « Maintenant je dis, je l’ai dit: maintenant que j’ai vu Gospa, je ne regretterais pas de mourir. » (27 juin 1981)

Il est émerveillé par la beauté de la Vierge: « Comme elle est belle ! » Et par sa voix: « Elle parle comme si elle chantait. »

Jakov n’a aucun doute: il voit la Vierge. Il est prêt à mourir pour en témoigner. « Maman, j’irai [à la colline] même si tu me tues. Tu peux me tuer j’irai de nouveau. » (27 juin 1981)

Du 25 juin 1981 au 12 septembre 1998, Jakov confirme avoir eu des apparitions quotidiennes. Depuis, il a une rencontre annuelle avec la Sainte Vierge, à Noël. Marié et père de trois enfants, il vit à Bijakovići, paroisse de Medjugorje. Jakov prend soin de sa jeune famille et considère que dans le mariage aussi on peut se consacrer à Dieu. Il rencontre occasionnellement les pèlerins. « C’est moi qui avais le moins espéré que la Vierge puisse m’apparaître, a-t-il déclaré; on me voyait à peine, mais moi je la voyais. »

Il dira plus tard que la Vierge a remplacé son père et sa mère, décédés alors qu’il était encore jeune.

 

10. Toutes les citations datées du 27 au 30 juin 1981 se réfèrent aux interrogatoires des premiers jours. [↩]

11. Gospa, en croate, signifie Notre-Dame. L’article la n’est pas nécessaire, autrement la Gospa se traduirait la Notre Dame. [↩]

 

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