Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique — Annexe V

La position de l’évêque et son courageux témoignage

Daria Klanac, Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique, avec la collaboration du théologien Arnaud Dumouch, Informativni centar Mir, Medjugorje, en coédition avec les Éditions Sakramento, Paris, 2012, 2e éd. (1re éd. 2008, ISBN 978-2-915380-19-4 & 978-9958-36017-6), annexe v, pages 253 à 257.

Pages liées

Position de l’Église
 

 

[p. 253] 

ANNEXE V

La position de l’évêque et son courageux témoignage

 

Portrait de Mgr Pavao Žanić.
Mgr Pavao Žanić (1918—2000†).

Le témoin par excellence des apparitions qui continuent après le 10e jour est l’évêque de Mostar, Mgr Pavao Žanić en personne. Dans les deux premiers mois, il va se rendre cinq fois à Medjugorje et donner les plus belles déclarations sur Medjugorje. Lors de la fête de saint Jacques, patron de la paroisse, le 25 juillet 1981, il est en visite dans la paroisse :

« Je suis profondément convaincu que personne n’a influencé les enfants qui disent voir la Vierge. S’il s’agissait d’un seul enfant, on pourrait dire : celui-ci a la tête dure, personne ni même la police ne peut rien lui soustraire. Six enfants, simples et innocents, s’ils étaient influencés, en une demi-heure auraient tout avoué. Aucun des prêtres, je le garantis, n’avait là des intentions quelconques, n’a contribué à inciter les enfants à quelque chose […] Je suis convaincu aussi que les enfants ne mentent pas. Ils expriment exactement ce qui est dans leur cœur. Il est certain que les enfants ne mentent pas. » Il affirme la même chose au prêtre-journaliste Mijo Gabrić.

Quelques semaines plus tard, le 16 août 1981, l’évêque élève la voix contre les écrits de la presse communiste par une déclaration à la une de Glas Koncila :

1. Le public attend que nous disions quelque chose sur les événements dans la paroisse de Medjugorje où six enfants affirment que Notre-Dame leur apparaît.

[p. 254]Quand les journalistes, athées par conviction, écrivent sur ce sujet, il est naturel qu’ils nient toute la véracité des dires des enfants. Ils considèrent de même que ni Dieu ni Notre-Dame n’existent. Pour nous, croyants, la façon dont ils écrivent et accusent, sans preuve, les enfants d’être manipulés, est offensante et inacceptable.

2. Les articles de presse sont écrits par des gens en position de force qui rédigent sur des questions de la foi de manière ironique et méprisante et accusent sans preuve. On attribue aux prêtres de nombreuses manipulations, notamment : « On essaye de convaincre les enfants mineurs, rassemblés et entraînés sans avis de leurs parents que Gospa apparaît sous forme humaine. »

3. Il est également faux de dire que les autorités ecclésiastiques compétentes ont émis des réserves concernant les événements à Bijakovići de façon à les déclarer superstitieux. Nous regrettons aussi que l’Église d’Herzégovine soit publiquement et faussement accusée d’avoir des intentions politiques et subversives.

4. En parlant des apparitions et des miracles en général, nous devons dire que pour nous, croyants, ils sont possibles. Car nous ne pouvons pas renier Jésus Christ et l’histoire des saints. Il est cependant connu que l’Église a toujours été prudente avant de porter son jugement positif sur les apparitions et miracles à Lourdes, Fatima et ailleurs.

5. Certes, on sait également que les âmes pieuses ont souvent affirmé voir quelque chose, mais ce n’étaient que des hallucinations, quelque expérience psychologique personnelle ou un simple mensonge.

6. Que peut-on dire concernant Bijakovići ? Il est certain que les enfants ne sont encouragés par personne, surtout pas par l’Église, à dire des mensonges. Également, du moins pour le moment, tout nous amène à dire que les enfants ne mentent pas. Reste la question la plus difficile : s’agit-il d’une expérience subjective des enfants ou de quelque chose de surnaturel ?

7. Lorsque les Juifs ont voulu fermer la bouche aux apôtres, alors, d’après les Actes des apôtres, le sage et intelligent docteur de la Loi [p. 255]Gamaliel a dit devant l’Assemblée (Ac 5, 38-39) : « […] “À présent donc, je vous le dis, ne vous occupez pas de ces gens-là, laissez-les. Car si leur propos ou leur œuvre vient des hommes, il se détruira de lui-même ; mais si vraiment il vient de Dieu, vous n’arriverez pas à les détruire. Ne risquez pas de vous trouver en guerre contre Dieu.” On adopta son avis. » À présent, nous avons pris cette position.

Pavao Žanić, évêque de Mostar

L’attaque dans les journaux communistes est féroce et continue de plus belle. L’évêque n’accepte pas de telles accusations contre la paroisse de Medjugorje, les franciscains, les fidèles et les enfants qui affirment voir la Vierge. Il réagit de nouveau le 1er septembre 1981, par une lettre au président de la République fédérale socialiste de Yougoslavie, Sergej Kraigher.[66]

Honorable Monsieur le Président,

Dans les journaux quotidiens, à la radio et dans les émissions de télévision[67], bien que formulé différemment, on a annoncé que le 17 août 1981, à Čitluk, avait eu lieu une réunion élargie de la conférence communale de l’Union socialiste du Peuple travailleur de Čitluk qui a discuté des événements dans la paroisse de Medjugorje. Dans ces nouvelles, il a été mentionné que l’on avait insisté sur le fait qu’il était nécessaire d’expliquer encore plus clairement au peuple ce que veulent et planifient les prêtres Jozo Zovko de Medjugorje, son collègue, Ferdo Vlašić, l’évêque de Mostar Žanić et autres extrémistes de l’organisation terroriste des oustachis, c’est-à-dire que les clérico-nationalistes se sont lancés contre les acquis de la révolution, contre le système constitutionnel, contre l’autogestion socialiste. En substance, c’est l’abus le plus brutal du sentiment religieux des gens.

Indigné, j’estime qu’il est de mon devoir et de mon droit de protester contre de telles insinuations mensongères, totalement dénuées de tout fondement. [p. 256]En tant qu’évêque catholique et Ordinaire responsable de l’évêché de Mostar, je rejette pour moi-même et pour mes prêtres nommés ci-haut ces calomnies irresponsables et les attaques dont le mauvais goût n’aide pas à voir de façon dégagée les événements dans la paroisse de Medjugorje. Par de tels procédés insultants, on outrage les droits fondamentaux de l’homme et du citoyen.

Je vous prie de prendre connaissance de ma protestation. En votre qualité de personne la plus responsable de la République fédérale socialiste de Yougoslavie, je vous demande de prendre les mesures les plus fermes contre de telles attaques irresponsables.

Je vous prie de recevoir l’expression de mon respect.

Pavao Žanić, évêque

Cette lettre ouverte de Pavao Žanić a été adressée à tous les échelons des autorités fédérales et des républiques, au Conseil communal de la mairie de Mostar et de Čitluk, à toutes les rédactions des journaux qui ont parlé de Medjugorje, à tous les journaux et revues catholiques du pays, au Saint-Siège, à la conférence épiscopale de la Yougoslavie à Zagreb et à tous les évêques.

Dans cette dernière attaque des communistes, l’évêque de Mostar est pointé du doigt pour la première fois. Il est accusé d’extrémisme. Il cesse donc de défendre Medjugorje, garde le silence, et n’interviendra plus que quelques années plus tard pour, au contraire, s’opposer aux événements. Cette nouvelle position de l’évêque nourrira toutes les objections possibles et inimaginables des opposants à Medjugorje.

La belle harmonie et le respect qui régnaient en juillet, août et septembre 1981, entre la paroisse de Medjugorje et l’Ordinaire de Mostar sont brusquement interrompus, bien avant que les messages donnés par la Vierge pour l’évêque servent de prétexte pour dénigrer les franciscains et les voyants. Le mystère du revirement reste entier. Il faudrait rechercher une [p. 257]explication dans les archives de la police secrète de l’ex-Yougoslavie, comme le croit le père Mijo Gabrić, si toutefois elles n’ont pas été détruites.

Avant la chute du communisme, mais surtout après, de nombreuses personnes, qui ont persécuté les membres de la paroisse de Medjugorje, sont venues se réconcilier. Il existe des témoignages saisissants des conversions de ces personnes qui, pour survivre, ont obéi aux ordres de l’État. C’est un des bons fruits de Medjugorje.

De son côté, l’Ordinaire de Mostar durcit sa position, se contredit par rapport à toutes les déclarations du début et continue de jouer l’avocat du Diable. Ce rôle n’est pas mauvais en soi. Il sert à l’humilité de Medjugorje et ne peut qu’aider à la reconnaissance finale.

 

66. Cette lettre a été ensuite publiée dans Glas Koncila, Nadbiskupski duhovni stol (Archevêché de Zagreb), Zagreb, 20e année, n° 18 (463), 13 septembre 1981, page 9. [↩]

67. Notamment aux nouvelles de RTV Sarajevo du 17.8.1981 et dans le journal Večernji List (Journal du soir) du 18.8.1981. [↩]

 

Documents  |  Livres  |  Index thématique  |  Liens externes  |  Contact