Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique — Entretien avec le théologien Arnaud Dumouch

L’évêque

Daria Klanac, Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique, avec la collaboration du théologien Arnaud Dumouch, Informativni centar Mir, Medjugorje, en coédition avec les Éditions Sakramento, Paris, 2012, 2e éd. (1re éd. 2008, ISBN 978-2-915380-19-4 & 978-9958-36017-6), entretien avec le théologien Arnaud Dumouch, pages 139 à 140.
 

 

[p. 139] 

L’évêque

Daria Klanac : Les voyants de Medjugorje, dans les premières années, ont eu des messages pour l’évêque de Mostar, Mgr Pavao Žanić. Il en est resté profondément offusqué.[25] Quelle est votre analyse de ce conflit qui a marqué les voyants et l’évêque ?

Arnaud Dumouch : Il faudrait étudier avec précision ce qui vient mot à mot de l’apparition et ce qui vient de l’interprétation subjective des jeunes voyants. En étudiant les paroles notées à l’époque, on s’aperçoit qu’il s’agit des interprétations personnelles de ces jeunes puisque chacun d’entre eux, loin de faire du mot à mot en précisant: « La Vierge a dit que: … » met le ton et la forme correspondant à sa propre réaction. Ainsi, ces paroles révèlent le caractère des voyants de Medjugorje face à l’épreuve: il en ressort que ce sont des jeunes gens humains, passionnés, donc normaux pour leur âge. Certains observateurs attendaient d’eux un détachement et une obéissance absolue, une sainteté perfectionnée comme dans les apparitions à sainte Catherine Labouré. Ce n’est pas un critère canonique de discernement (ex.: Jeanne d’Arc). Par contre, il est intéressant d’observer l’évolution sur 27 ans de leur tempérament. Cette observation pourrait éclairer le second critère du discernement: « Les fruits spirituels » (voir page 123).

D. Klanac : Dans le cas des messages pour l’évêque[26], nous avons la transmission du même message par deux voyants, Vicka et Ivan qui ont des personnalités très différentes. Comment discerner ce qui vient des enfants de ce que dit la Vierge ?

A. Dumouch : Les enfants semblent rapporter ce qu’ils ont compris ad modum recipientis, c’est-à-dire avec leurs mots à eux et avec leur tempérament. Ils ne répètent donc pas mot à mot.

[p. 140]Mais, ce qui est étonnant, c’est que les deux réponses semblent tout à fait cohérentes comme interprétation subjective d’un message unique.

On voit cela souvent dans les classes: si une institutrice donne un avis pacifiant à propos d’un événement choquant s’étant passé dans l’école (renvoi d’un élève par exemple), et qu’on interroge les élèves ensuite, on verra, selon les tempéraments de chacun, que certains ne rapportent que l’aspect passionnel, et d’autres uniquement l’aspect pacifiant du discours de l’institutrice.

Ceci doit servir d’indication pour l’interprétation de Medjugorje, si elle est un jour reconnue: à la différence de Lourdes ou Fatima, où les enfants répètent mot à mot (car ils vivent dans un état de la civilisation occidentale où on avait tendance à obéir naturellement, sans toujours chercher à interpréter), on aurait ici un dialogue libre avec des enfants de la fin du xxe siècle, plus libres et dotés d’un jugement propre qui s’exprime beaucoup plus spontanément.

 

25. La chronique des apparitions (P. Vlašić), Medjugorje : réponses aux objections, pp. 39-40. [↩]

26. Ibidem. [↩]

 

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