Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique — Entretien avec le théologien Arnaud Dumouch

Les signes

Daria Klanac, Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique, avec la collaboration du théologien Arnaud Dumouch, Informativni centar Mir, Medjugorje, en coédition avec les Éditions Sakramento, Paris, 2012, 2e éd. (1re éd. 2008, ISBN 978-2-915380-19-4 & 978-9958-36017-6), entretien avec le théologien Arnaud Dumouch, pages 165 à 175.
 

 

[p. 165] 

Les signes

Daria Klanac : Comment comprendre que ces souffrances sont en lien direct avec l’Amour de Dieu ?

Arnaud Dumouch : Les souffrances elles-mêmes sont, pour un catholique, des signes de l’Amour de Dieu. Voici la raison théologique de ces souffrances. Face aux faits de la souffrance dans nos vies, il existe deux explications possibles:

– Celle de l’ange révolté qui dit à Ève: « Dieu ne soumet l’homme à l’errance sur terre que pour le dominer. Il se fait l’ennemi de sa liberté et de sa dignité personnelle pour rester Dieu. » Vue de l’extérieur, son interprétation paraît légitime. On dirait effectivement que le bonheur est soit inaccessible, soit éphémère. Les riches sont pris d’angoisse; les pauvres aspirent à la richesse; les gens heureux vieillissent. C’est comme si Dieu, qui tient le monde dans sa main, y avait mis des lois ennemies de notre bonheur.

– Celle de Dieu: il l’a expliqué lui-même dans un grand cri et avec des larmes, lorsqu’il est venu sur la terre: « C’est pour préparer votre cœur, non pas au bonheur sur terre, mais à la béatitude éternelle. » Et lui-même, Dieu fait homme, a voulu mourir pour montrer que tout cela venait bien de son Amour et non pas de sa soif de pouvoir.

Voici l’explication de tout, avec des mots que le Père aurait [p. 166]pu dire, quand Dieu le Verbe incarné est mort sur la croix: si le Père parlait en mots humains, il pourrait dire ceci:

« Je vous ai créés pour l’Amour, pour la Lumière et pour la Puissance infinis. Et votre cœur est sans repos tant qu’il n’a pas trouvé tout cela. Or cela, c’est moi seul, le Seigneur qui Suis Saint-Esprit (Amour), Verbe (Lumière) et Père (Puissance), qui le suis. Je le promets par moi-même. Personne d’autre ne pourra combler votre cœur.

« Mais nul ne peut me voir sans mourir à toutes ses attaches.[36] S’il était possible qu’il en soit autrement, je ferais autrement. Je me donnerais à tous les hommes immédiatement, dès leur création. Mon Fils me l’a demandé, le jeudi de Sa Passion: “Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi.” Je ne peux pas. C’est que je suis moi-même “mort à moi-même”. Moi, le Père, je ne suis que par mon Fils; Moi, le Fils, je ne suis que par mon Père; Moi, l’Esprit Saint, je ne suis que par leur Amour. Cette humilité, cette mort à vos désirs, est indispensable. Sans elle, nul ne peut me comprendre puisque tout en moi est humble. L’orgueilleux ne peut me voir. Il ne me comprend pas.

« C’est donc pour préparer votre cœur que je vous donne tout, puis vous enlève tout lorsque vous passez en ce monde. Je le fais pour tous, les méchants, les justes et même les saints (ceux qui me connaissent et m’aiment déjà). La terre, c’est comme le Golgotha avec ses trois croix. C’est donc pour forger dans vos cœurs cette humilité totale, que les théologiens appellent « kénose », que je permets et veux pour vous certaines souffrances.

« Ensuite, à l’heure de la mort, je vous apparais sous la forme de mon ange ou mieux, de l’humanité de mon Fils, accompagné des saints, des anges et des myriades du Ciel. Et là, dans l’humilité, je vous explique tout. Je vous montre tout [p. 167]mon amour, toute ma lumière, toute ma puissance. Si vous m’aimez en retour, je vous demande en mariage. Vous comprenez alors en pleine lumière à quel point ces souffrances vous étaient utiles et que, sans elles, votre âme n’aurait pas appris cette petitesse sans laquelle nul ne peut me voir. Si vous acceptez de m’aimer, je le promets, je m’y engage, je vous épouserai pour toujours. J’essuierai toutes vos larmes. La mort, vous ne vous en souviendrez plus. Je vous ferai tout puissant. Mon Esprit Saint sera toujours dans votre âme.

« Puis je vous rendrai votre corps, bien plus beau et immortel. Je vous comblerai de cadeaux inouïs.

« Celui qui ne veut pas devenir humble, je ne le forcerai pas à m’aimer. Je le laisserai libre. Je lui ferai les mêmes cadeaux qu’à ceux qui m’aiment (vie éternelle, liberté, corps ressuscité), mais il ne pourra me voir, car c’est impossible. S’il me voyait sans être tout humble, son esprit en serait détruit puisque ma vie Trinitaire est tout humble et aimante. Ce malheureux, orgueilleux et coupé de ma présence qui aurait comblé son âme, transformera lui-même son cadeau en enfer insensé. »

D. Klanac : Dès le début des apparitions à Medjugorje, les enfants ont demandé à la Vierge de leur laisser un signe pour que les gens croient que leur expérience est vraie. Elle n’a pas donné la réponse tout de suite, mais plus tard. C’est ce qu’on appelle le grand signe qui fait partie des dix secrets. Il est le troisième dans l’ordre.

A. Dumouch : Les enfants ont bien fait de demander un signe pour les gens. C’est d’ailleurs aussi une chose exigée canoniquement par l’Église. Pas de reconnaissance sans signes et surtout sans miracles.

D. Klanac : Les membres de la Commission de l’évêque ont essayé d’obtenir de force le contenu du troisième secret. Ils ont même forcé la main à Ivan. Peut-on, au nom de la Commission d’enquête, exiger des voyants à dévoiler ce secret qui parle du grand signe ?[37]

[p. 168]A. Dumouch : Non. En aucun cas. Si les voyants parlaient sans autorisation de la Vierge, ils feraient une faute. Le silence sur les secrets est d’ailleurs une attitude qui caractérise de nombreuses apparitions reconnues. À Fatima, les enfants poussent le silence jusqu’au martyre puisqu’ils sont persuadés que Francisco a été tué par la Police pour son silence.

D. Klanac : Quelle est l’importance des signes dans les apparitions ? La recherche des signes est-elle nuisible pour la foi ?

A. Dumouch : Les signes (manifestations sensibles extérieures porteuses d’un sens profond) sont essentiels pour la naissance de la foi chez les non-croyants, et à sa confirmation chez ceux qui doutent. D’où cette phrase (Jn 20, 30): « Jésus a fait sous les yeux de ses disciples encore beaucoup d’autres signes, qui ne sont pas écrits dans ce livre. » Les Juifs ne cessèrent de demander à Jésus des signes. Et Jésus répondit à leur légitime demande en leur en donnant de nombreux.

La demande des signes devient une chose illégitime lorsque les Juifs, ayant vu, en demandent d’autres et d’autres encore, sans cesse. Ici, c’est la mauvaise volonté qui parle en eux.

Dans le cas de Medjugorje, il est essentiel que la Vierge, si c’est elle, prouve la vérité de sa venue par des signes, des miracles et le don de l’Esprit Saint, ces trois choses qui, ensemble, d’après saint Paul[38], marquent la présence de Dieu.

D. Klanac : Dans la venue de Marie à Medjugorje et son message certains voient les signes apocalyptiques. Vous parlez beaucoup du sens eschatologique des événements dans l’histoire du monde. Quel est le lien entre les deux dans le cas de Medjugorje ?

A. Dumouch : Comme je vous le disais, si Medjugorje se révèle une vraie apparition, les théologiens reconnaîtront que Marie a [p. 169]continué sa pédagogie inaugurée en 1830 à la rue du Bac et qui consiste à préparer, pour les événements douloureux de la fin du monde, une Église qui vive de son esprit de foi et d’espérance totale. En effet, l’Église doit connaître une passion semblable à celle du Christ.[39] Or, le Samedi Saint, seule une foi comme celle de Marie a pu rester fidèle. Il doit y avoir de la même façon, pour le samedi saint de l’Église, une Église qui vive cela de manière cachée, mais avec la certitude sans failles que, contre toute espérance, le Christ va paraître dans Sa Gloire.

Voici ce qu’en dit saint Louis Marie Grignon de Montfort[40]:

« J’ai dit que cela arriverait particulièrement à la fin du monde, et bientôt, parce que le Très-Haut et sa très sainte Mère doivent former de grands saints qui surpasseront autant en sainteté la plupart des autres saints, que les cèdres du Liban surpassent les petits arbrisseaux, comme il a été révélé à une sainte âme, dont la vie a été écrite par M. de Renty.[41]

« Le pouvoir de Marie sur tous les diables éclatera particulièrement dans les derniers temps, où Satan mettra des embûches à son talon, c’est-à-dire à ses humbles esclaves et à ses pauvres enfants qu’elle suscitera pour lui faire la guerre. Ils seront petits et pauvres selon le monde, et abaissés devant tous comme le talon, foulés et persécutés comme le talon l’est à l’égard des autres membres du corps; mais, en échange, ils seront riches en grâces de Dieu, que Marie leur distribuera abondamment, grands et relevés en sainteté devant Dieu, supérieurs à toute créature par leur zèle animé, et si fortement appuyé du secours divin, qu’avec l’humilité de leur talon, en union avec Marie, ils écraseront la tête du diable et feront triompher Jésus-Christ. »

[p. 170]Voici un chapitre de mon livre sur La fin du monde[42] qui illustre ce rôle eschatologique de Marie vers la fin du monde et devrait pouvoir expliquer les apparitions, dont celles de Medjugorje:

Les signes donnés par la Vierge Marie

Cette histoire, terrible et future de l’Antéchrist, est dans les mains de Dieu. Il sait ce qui est le mieux pour notre salut et pour celui du monde entier. C’est un scénario de gloire en vue de la révélation lumineuse de son amour. Toutes les communautés humaines, toutes les religions sont passées une à une au crible de la souffrance, pour l’humilité des hommes.

L’Église catholique n’y échappera pas. Nous allons décrire plus loin jusqu’où doit aller son abaissement, à l’image de son Seigneur. Mais, avant cela, elle y sera préparée. Cette mission terrestre sera confiée à Marie, la mère de Jésus. Au pied de la croix, seule une femme croyait et vivait de l’intérieur, debout, la mort de son Dieu. Elle ne douta pas un seul instant que Dieu son Fils était en train de sauver le monde. Jésus l’avait dit et cela lui suffisait. Cette confiance unique ne se retrouve même pas chez saint Jean pourtant présent à la croix, pourtant appelé le disciple que Jésus aimait. Il y est par amitié, mais pense que tout est fini. La preuve nous en est donnée dans son Évangile. Ce n’est qu’en voyant le tombeau vide et le linceul à sa place, comme affaissé, qu’il crut. Tous les autres disciples se sauvèrent. Mais, ce qui est le plus étonnant, c’est que la plénitude des grâces reçues permettait à Marie de vivre la Passion en comprenant. Elle n’était pas une simple spectatrice confiante et aveugle. Elle était une collaboratrice, une co-rédemptrice lucide.

Il en sera de même à la fin du monde lorsque l’Antéchrist triomphera. L’Église visible (symbolisée dans l’Évangile par la vie de saint Pierre) sera si petite, tellement réduite aux seuls [p. 171]domaines des cœurs et sans vie extérieure et politique qu’on la croira morte pour toujours. « Les portes de l’enfer ne l’emporteront pas sur elle ! » ricanera-t-on de tout côté en reprenant la promesse visiblement manquée de Jésus. Qui pourra songer qu’au moment même où les portes de l’enfer sembleront avoir extérieurement tout détruit, Dieu triomphe comme à trois heures le jour de la mort de Jésus ? Qui croira que c’est absolument l’inverse aux yeux de Dieu, que tout est accompli et que le retour glorieux du Christ est tout proche ? Personne ne pourra imaginer cela sauf ceux qui auront la même foi que Marie. Seule une foi invincible, digne de la mère de Dieu, tiendra en ces heures dernières. Tous les autres faibliront aussi sûrement que Pierre face à ce qu’il ne comprit pas. Voilà pourquoi, avant la fin du monde, Dieu a confié à sa mère la mission de lui préparer une Église faite de petites gens semblables à elle (symbolisée par la vie de saint Jean[43]). Il est essentiel que leur intelligence possède la même lucidité que Marie. Ils comprendront parfaitement le mystère de l’espérance tel qu’il est décrit ici. Ils pourront alors accomplir la mission de Marie à la Croix, offrir au nom de tous les hommes le « oui » définitif de l’humanité à Dieu. Ils baptiseront l’humanité dans l’eau et l’esprit (dans l’eau de leur humilité et le feu de leur amour). Tout sera alors accompli. On le voit, leur mission sera le Mystère (au sens le plus théologal du terme) ultime de l’histoire. Saint Bernard, parlant de ce fait des derniers temps, annonce:

« C’est par Marie que le salut du monde a commencé, et c’est par Marie qu’il doit être consommé […] Mais dans le second avènement de Jésus-Christ, Marie doit être connue et révélée par le Saint-Esprit afin de faire par elle connaître, aimer et servir Jésus-Christ. Les raisons qui ont conduit le Saint-Esprit à cacher son épouse pendant sa vie, et à ne la révéler que bien peu depuis la prédication de l’Évangile, ne subsisteront plus. »[44]

[p. 172]Saint Louis-Marie Grignon de Montfort est intarissable sur ce thème[45]:

« Dieu veut donc révéler et découvrir Marie, le chef-d’œuvre de ses mains dans ces derniers temps. Comme elle est l’aurore qui précède et découvre le Soleil de justice, qui est Jésus-Christ, elle doit être connue et aperçue, afin que Jésus-Christ le soit. Étant la voie par laquelle Jésus-Christ est venu à nous la première fois, elle le sera encore lorsqu’il viendra la seconde, quoique non pas de la même manière.

« Enfin, Marie doit être terrible au diable et à ses suppôts comme une armée rangée en bataille, principalement dans ces derniers temps, parce que le diable, sachant bien qu’il a peu de temps, et beaucoup moins que jamais pour perdre les âmes, il redouble tous les jours ses efforts et ses combats; il suscitera bientôt de cruelles persécutions, et mettra de terribles embûches aux serviteurs fidèles et aux vrais enfants de Marie, qu’il a plus de peine à surmonter que les autres.

« C’est principalement de ces dernières et cruelles persécutions du diable qui augmenteront tous les jours jusqu’au règne de l’Antéchrist, qu’on doit entendre cette première et célèbre prédiction et malédiction de Dieu, portée dans le paradis terrestre contre le serpent: Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Elle-même t’écrasera la tête, et tu mettras des embûches à son talon.

« Jamais Dieu n’a fait et formé qu’une inimitié, mais irréconciliable, durera et augmentera même jusqu’à la fin: c’est entre Marie, sa digne Mère, et le diable, entre les enfants et serviteurs de la Sainte Vierge, et les enfants et suppôts de Lucifer; en sorte que la plus terrible des ennemies que Dieu ait faites contre le diable est Marie, sa sainte Mère. […] C’est premièrement parce [p. 173]que Satan étant orgueilleux, souffre infiniment plus d’être vaincu et puni par une petite et humble servante de Dieu, et son humilité l’humilie plus que le pouvoir divin. […] Ce que Lucifer a perdu par orgueil, Marie l’a gagné par son humilité; […] Non seulement Dieu a mis une inimitié, mais des inimitiés, non seulement entre Marie et le démon, mais entre la race de la Sainte Vierge et la race du démon. C’est-à-dire que Dieu a mis des inimitiés, des antipathies et haines secrètes entre les vrais enfants et serviteurs de la Sainte Vierge et les enfants et esclaves du diable; ils ne s’aiment point mutuellement, ils n’ont point de correspondance intérieure les uns avec les autres. Les enfants de Bélial, les esclaves de Satan, les amis du monde (car c’est la même chose), ont toujours persécuté jusqu’ici et persécuteront plus que jamais ceux et celles qui appartiennent à la Très Sainte Vierge, comme autrefois Caïn persécuta son frère Abel, et Esaü son frère Jacob, qui sont les figures des réprouvés et des prédestinés. Mais l’humble Marie aura toujours la victoire sur cet orgueilleux, et si grande qu’elle ira jusqu’à lui écraser la tête où réside son orgueil; elle découvrira toujours sa malice de serpent; elle éventera ses mines infernales, elle dissipera ses conseils diaboliques, et garantira jusqu’à la fin des temps ses fidèles serviteurs de sa patte cruelle. »

Nous verrons plus loin que c’est la prière de ces chrétiens des derniers temps qui provoquera le retour de Jésus. Concrètement, il faudrait être aveugle pour ne pas voir que Marie a déjà commencé son travail de préparation. La première de ses apparitions[46] (car son travail de préparation consiste en une prédication aussi concrète et directe que le sera le retour du Christ à la fin) date de 1830. Elle donne à sainte Catherine [p. 174]Labouré une médaille.[47] Elle la rend même miraculeuse tant elle espère que ceux qui la porteront méditeront son message. Sur son verso, Marie fait représenter un M qui porte une croix. L’archevêque de Paris, à qui l’on soumit la médaille en vue de l’Imprimatur, se demandait s’il n’aurait pas mieux valu un M au pied d’une croix. De fait, il y avait là un symbole surprenant, à faire frémir les Protestants. Il signifie plusieurs choses très profondes concernant le rôle de Marie comme co-rédemptrice.[48] Mais pour ce qui concerne la fin du monde, sa signification est éloquente. M signifie ceux qui vivent de la spiritualité de Marie. La croix symbolise leur fidélité au Christ. Tout cela annonce que, vers la fin du monde, la vie du Christ ne pourra plus subsister dans les cœurs sauf chez ceux qui auront la même foi qu’elle. Au-dessous de ce M, les deux cœurs de Jésus et Marie sont présents pour que nul ne doute, quoiqu’il arrive, que c’est leur amour qui permet tout.[49] Depuis cette première apparition, Marie ne cesse d’insister, de revenir, d’éduquer. À La Salette[50] (1846), elle prononça l’avertissement solennel de se tenir prêt: « Voici le temps des temps, la fin des fins. » Dans l’Église catholique d’Occident, minée depuis les années 70 par une crise de perte de la foi, on constate que tout le renouveau, quel qu’il soit, a un rapport étroit avec Marie. Est-ce un signe grandiose du temps où nous nous trouvons ?[51]

[p. 175]D. Klanac : Selon les voyants, le grand signe surviendra sur le mont Crnica, à l’endroit où la Vierge est apparue pour la première fois. Il sera durable, visible de tous et sera accompagné d’autres phénomènes et de nombreuses guérisons miraculeuses. Comment comprendre cette annonce du grand signe ?

A. Dumouch : Voilà ce que la théologie peut dire du grand signe tel qu’il est formulé à Medjugorje: il semble limité dans le lieu (mont Crnica), quoique permanent dans le temps. Il semble donc être d’une nature analogue à celle du signe de Fatima, à savoir un événement sensible et terrestre. À Fatima en effet, le grand signe ne fut visible que cinq kilomètres autour de la Cova di Aria.

Le signe de Medjugorje présente par contre une grande différence avec le « Miracle » annoncé le 14 septembre 1965 à Garabandal (apparition non encore reconnue): « L’Avertissement est une chose venant directement de Dieu. Il sera visible dans le monde entier, quel que soit l’endroit où l’on se trouvera, où chacun sera. Il sera comme la révélation (intérieure à chacun de nous) de nos péchés. Les croyants aussi bien que les incroyants – de n’importe quel pays – les verront et les ressentiront. Ce sera comme du feu. Il ne brûlera pas notre chair, mais nous le ressentirons corporellement et intérieurement… Personne n’y échappera. Mais après l’Avertissement, tu aimeras beaucoup plus le Bon Dieu. » Ce texte-là, s’il vient de Dieu, n’annonce pas une chose ponctuelle mais tout simplement le retour du Christ et la fin du monde. En effet, il ne faut attendre une telle manifestation glorieuse de vérité, supprimant toute possibilité de douter honnêtement, qu’à l’heure de notre mort ou à la fin du monde lors du retour du Christ dans sa gloire. Il serait vain et faux d’attendre une telle puissance puis une survie de ce monde, avec ses générations et sa vie politique.

 

36. Ex 33, 20. [↩]

37. Le secret d’Ivan, Medjugorje : réponses aux objections, p. 61. [↩]

38. Rm 15, 19 et voir aussi Hb 2, 4. [↩]

39. Voir le Catéchisme de l’Église Catholique n° 675 et 676. [↩]

40. Ses visions et ses prophéties ont une certaine autorité. Elles sont très importantes pour la théologie de l’espérance. Cf Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, Éditions du Seuil, Paris, 1966. [↩]

41. Gaston Jean-Baptiste (1611-1649), bras droit de saint Vincent de Paul. [↩]

42. La fin du monde, Arnaud Dumouch, Éditions Docteur Angélique, 2007. [↩]

43. Jn 21, 22: « Jésus lui [à Pierre] dit: Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. » [↩]

44. Cité par saint Louis-Marie Grignon de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, Éditions du Seuil, Paris, 1966, page 46. [↩]

45. Idem, notamment pp. 47 et suiv. [↩]

46. En réalité, l’apparition à Catherine Labouré est loin d’être la première. L’apparition à Jean Courdil (Celles, 1686) ou à Benoîte Rencurel (Notre-Dame du Laus) est largement antérieure. Mais celle de Catherine inaugure un caractère eschatologique nouveau. Pour la première fois, la Vierge ne vient pas seulement comme mère. Elle vient comme sage-femme en ce sens qu’elle va accompagner une douloureuse naissance vers la Vie. [↩]

47. Il s’agit d’une apparition reconnue officiellement par l’autorité de l’Église. Son message a donc une certaine autorité sur l’espérance des catholiques et leur compréhension de l’action incarnée de Dieu dans chaque génération. [↩]

48. À savoir que le salut consiste en une réconciliation amoureuse de Dieu avec l’humanité. Pour ce faire, une nouvelle Ève a eu à dire oui. Le rôle de Marie, loin d’être passif, fait partie de la rédemption de la même manière que, pour qu’il y ait mariage, il faut deux oui. [↩]

49. La valeur théologique de ces deux cœurs est très profonde. Elle est le cœur même de la révélation dans son interprétation catholique. Marie et Jésus sont ensemble, l’image de Dieu. Jésus-Dieu et Marie-femme sont ensemble rédempteurs et co-rédempteurs. [↩]

50. Apparition reconnue canoniquement par l’Église. Les textes cités ont une certaine autorité. [↩]

51. Les apparitions continuent en ce début de troisième millénaire. Medjugorje ne peut encore être reconnu puisque cette apparition n’est pas terminée. [↩]

 

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