Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique — Entretien avec le théologien Arnaud Dumouch

Les difficultés majeures

Daria Klanac, Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique, avec la collaboration du théologien Arnaud Dumouch, Informativni centar Mir, Medjugorje, en coédition avec les Éditions Sakramento, Paris, 2012, 2e éd. (1re éd. 2008, ISBN 978-2-915380-19-4 & 978-9958-36017-6), entretien avec le théologien Arnaud Dumouch, pages 145 à 147.
 

 

[p. 145] 

Les difficultés majeures

Daria Klanac : Concernant la réponse de la Vierge au sujet des religions et d’après les sources que j’ai exposées dans mon précédent livre[28], quel serait votre regard sur cette difficulté ?

Arnaud Dumouch : On peut interpréter cette phrase: « Toutes les religions sont égales devant Dieu », de deux manières:

1. Première interprétation (fausse): elles se valent en elles-mêmes, toutes les religions s’équivalent: ce serait très faux. Et le pape Benoît XVI vient de le rappeler en disant que la religion du Christ seule donne à la foi le but (la vision béatifique, obtenue par la charité et l’humilité) et les moyens (sacrements, Magistère, formes de vie) du Salut. Les autres religions ont certes reçu des semences du Saint-Esprit, dit le Concile Vatican II, mais ne donnent pas en elles-mêmes ce salut.

2. Deuxième interprétation (vraie): dans le regard de Dieu, toutes les religions visent à conduire, tôt ou tard, au Christ et à son salut. En ce sens, elles sont égales devant Dieu. Cette interprétation est vraie, car nous devons croire, dit le Concile Vatican II: « Puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal »[29]

C’est ce qu’annonce Jésus dans son Évangile (Jn 10, 16): « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos; celles-là aussi, il faut que je les mène; elles écouteront ma voix; et il y aura un seul troupeau, un seul pasteur. »

Autrement dit, à l’heure de la mort, à la onzième heure[30] de cette vie, le maître de la moisson appelle tout homme, sans [p. 146]exception, à sa vigne, de telle façon que seul celui qui rejette librement cet appel se perd.

3. Troisième interprétation (vraie): tout homme, quelle que soit sa religion, est aimé également, car infiniment, par Dieu. C’est évident. Dieu est simple et aime tout entier. Il est, dans son être même, cet amour.

D. Klanac : J’ai vérifié la traduction de ce message problématique[31]: « Toutes les religions sont égales devant Dieu. » Dans la chronique paroissiale en date du 1er octobre 1981, il y avait, en fait, trois questions-réponses:
1. Est-ce que toutes les religions sont bonnes ? Toutes les religions sont les mêmes devant Dieu. Dieu gouverne sur elles comme un Souverain dans son royaume.
2. Est-ce que toutes les religions sont les mêmes ? Dans le monde, toutes les religions ne sont pas les mêmes, car les gens ne sont pas soumis aux commandements de Dieu, mais ils les rejettent et les déforment.
3. Est-ce que toutes les églises sont les mêmes ? Non, dans certaines églises, on prie plus que dans d’autres. Cela dépend aussi des prêtres qui animent la prière, et de la force (grâce) qu’ils portent en eux.

A. Dumouch : Sont-ce là des réponses directes de la Vierge ? Le langage de ces réponses utilise effectivement des expressions croates qui doivent avoir une nuance de sens dans cette langue (« les mêmes », « semblables »). En tout cas, mis en langage théologique francophone, voici ce que cela donnerait: on peut dire que les religions sont les mêmes devant Dieu en deux sens:

1. Dans un premier sens, on peut viser ce qui concerne le jugement de Dieu: pris en ce sens, on doit répondre « oui », car Dieu regarde toutes les religions avec son unique amour qui est Lui-même.

2. Dans un second sens, on peut viser ce qui concerne la religion prise en elle-même: pris en ce sens, on doit répondre « non ». Toutes [p. 147]les religions ne se valent pas puisque certaines donnent la grâce, le salut, et suivent les commandements de Dieu, d’autres non.

Pour ce qui est des Églises particulières catholiques, qui portent en elles la parole de la grâce, toutes ne sont pas égales. Tout dépend de la ferveur des fidèles et donc du pasteur qui les porte. L’Apocalypse le disait déjà en distinguant les grâces diverses des sept Églises locales primitives. (Ap 1, 4 et suiv.)

Bref, cette explication de la chronique paroissiale du 1.10.1981 en trois distinctions est parfaitement digne de saint Thomas d’Aquin.

D. Klanac : Selon vous, les mots « les mêmes » (iste en croate) et « égales » (jednake en croate) donnent-ils la même signification théologique ?

A. Dumouch : En conséquence, il est possible que « iste » (les mêmes) vise le regard de Dieu (point 1) tandis que « jednake » (égales) vise la religion prise en elle-même (point 2). En tout cas, prise en ce sens, la théologie présente dans ce texte est conforme à la foi et à la théologie des derniers documents de Benoît XVI.

 

28. « Les messages étranges », Medjugorje : réponses aux objections, p. 89. [↩]

29. Gaudium et Spes, n° 22, 5. [↩]

30. Mt 20, 1-16. [↩]

31. Medjugorje : réponses aux objections, p. 92. [↩]

 

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