Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique — Entretien avec le théologien Arnaud Dumouch

La vierge Marie

Daria Klanac, Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique, avec la collaboration du théologien Arnaud Dumouch, Informativni centar Mir, Medjugorje, en coédition avec les Éditions Sakramento, Paris, 2012, 2e éd. (1re éd. 2008, ISBN 978-2-915380-19-4 & 978-9958-36017-6), entretien avec le théologien Arnaud Dumouch, pages 197 à 198.
 

 

[p. 197] 

La vierge Marie

Daria Klanac : Certains sont irrités de voir Marie trop parler à Medjugorje alors que, dans tout l’Évangile, elle n’a prononcé que quelques phrases. Est-elle, comme le disent certains, « bavarde » à ce point ?

Arnaud Dumouch : Ceci n’est pas un argument pour refuser (ni accepter) la validité d’une apparition. Si l’apparition est un jour reconnue, les théologiens et les saints diront que, à Medjugorje, la Vierge se fit proche et familière, comme avec Jésus durant son enfance.

Si l’apparition est condamnée, ils donneront l’argument évoqué. Bref, rien de décisif là-dedans.

D. Klanac : D’autres trouvent que c’est elle qu’on adore à Medjugorje, alors qu’elle ne cesse de dire: « Adorez mon fils Jésus ! » Il est vrai qu’on aime beaucoup Jésus et Marie à Medjugorje, mais, selon moi, pas de la même manière. Nous prions Marie et elle prie avec nous. Jésus seul est adoré. Quand nous l’adorons, elle est présente. Dans la prière et dans l’adoration, elle est avec nous.

A. Dumouch : Ceci est l’argument classique de ceux qui, de manière générale, trouvent que le culte de dulie (vénération) que l’Église catholique et orthodoxe adresse à la Vierge et aux saints est une perte de gloire pour Dieu. L’Église catholique et l’Église orthodoxe n’ont jamais accepté ces remarques, très en vogue dans les milieux protestants, et pour plusieurs raisons:

1. Dieu seul est objet d’un culte de latrie (adoration). La Vierge et les saints sont objet d’un culte de vénération (dulie), tel qu’il est commandé pour ses propres parents dans l’Ancien Testament (Ex 20, 12): « Honore ton père et ta mère, afin que se prolongent tes jours sur la terre que te donne Yahvé ton Dieu. »

2. La religion catholique sait bien que Jésus, vrai Dieu, n’épuise pas dans son humanité masculine sainte l’image de Dieu. Pour comprendre Dieu du mieux qu’il soit possible sur [p. 198]terre, on ne doit pas séparer l’image qui est présente dans « l’homme et la femme », selon ce texte biblique (Gn 1, 27): « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. »

C’est pourquoi, dès le don de la médaille miraculeuse à la rue du Bac, les cœurs divin de Jésus et humain de Marie sont unis, à taille égale, ce qui signifie ce mystère. Autrement dit, pour contempler Dieu au mieux en ce monde, il faut regarder les qualités masculines en Jésus (force, enseignement), et les qualités féminines en Marie (douceur, silence).

3. L’Église croit que le Ciel est une vraie famille d’amour (où l’Époux divin et l’épouse vivent dans un amour de charité impliquant une égalité de droits et d’initiatives) et non seulement, comme le pensent certains protestants, un Royaume fait d’un roi et de ses enfants inférieurs en droits. L’Église catholique croit donc que la Vierge, épouse de la Trinité, reçoit de Dieu une confiance totale au point qu’elle peut puiser à volonté dans les grâces pour les donner, de sa propre initiative, aux hommes. C’est que la volonté de Marie et des saints est la même que celle de la Trinité. C’est ce que dit l’Écriture (Jn 14, 12): « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais; et il en fera même de plus grandes, parce que je vais vers le Père. » Ou encore ceci (Mt 25, 21): « C’est bien, serviteur bon et fidèle, lui dit son maître, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t’établirai. »

 

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