Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique — Annexe I
Référence
Daria Klanac, Comprendre Medjugorje : Regard historique et théologique, avec la collaboration du théologien Arnaud Dumouch, Informativni centar Mir, Medjugorje, en coédition avec les Éditions Sakramento, Paris, 2008 [ISBN 978-2-915380-19-4 & 978-9958-36017-6], annexe i, pages 211 à 218.
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Voici le texte intégral de la Déclaration de Zadar, publiée dans La Voix du Concile, journal officiel de l'Église croate.
Déclaration de la conférence épiscopale
de Yougoslavie sur Medjugorje
Lors de l'assemblée régulière de la Conférence épiscopale de Yougoslavie, du 9 au 11 avril 1991, à Zadar, la déclaration suivante a été adoptée :
Les évêques, depuis le début, suivent les événements de Medjugorje à travers l'évêque diocésain, la Commission des évêques et la Commission de la Conférence épiscopale de la Yougoslavie pour Medjugorje.
Basé sur des recherches menées jusqu'à ce jour, on ne peut établir qu'il s'agisse d'apparitions surnaturelles ou de révélations.
Cependant, de nombreux rassemblements de fidèles en provenance de diverses parties du monde qui viennent à Medjugorje, animés par des motifs de foi ou autres, requièrent l'attention et la préoccupation pastorale en premier lieu de l'évêque local et, avec lui, de tous les autres évêques, pour promouvoir à Medjugorje, et tout ce qui le concerne, une saine piété envers la Bienheureuse Vierge Marie, conformément à l'enseignement de l'Église.
À cet effet, les évêques vont émettre des directives liturgiques et pastorales appropriées. Également, à travers leurs propres commissions, ils continueront à enquêter et à suivre les événements de Medjugorje dans leur ensemble.
À Zadar, 10 avril 1991 Les évêques de Yougoslavie
[p. 212]C'est donc dix ans après le début des apparitions (24 juin 1981) que la Conférence épiscopale de la Yougoslavie publie pour la première fois une Déclaration dans laquelle il n'y a pas, de fait, un jugement, mais plutôt une suspense de jugement. Cette Déclaration doit être interprétée dans son ensemble, en cinq volets :
1) Les évêques suivent les événements depuis le début.
2) Ils ne portent pas de jugement définitif sur leur caractère surnaturel ou non.
3) Ils font le constat des rassemblements importants de fidèles en ce lieu, et manifestent à cet égard un souci pastoral.
4) Ils s'engagent à suivre les événements dans leur ensemble.
5) Les pèlerinages privés ne sont pas interdits et l'accompagnement des fidèles est considéré comme un devoir pastoral. Un commentaire, publié dans ce même numéro de La Voix du Concile, met en lumière les perspectives de cette Déclaration :
La plus récente déclaration des évêques catholiques du territoire de la Yougoslavie à propos de Medjugorje est un exemple classique de la sagesse de l'Église prouvée par une pratique millénaire. On y démontre que l'Église respecte surtout les faits, qu'elle mesure prudemment ses compétences et qu'elle a par-dessus tout le souci du bien spirituel des fidèles. Le fait est connu du monde entier : à cause de la nouvelle des apparitions de la Vierge depuis déjà toute une décennie, les croyants et les curieux affluent de tous les continents vers Medjugorje. Est-ce un fait que la Mère de Dieu y apparaît et donne des messages ? Les évêques observent attentivement et, dans le cadre de leurs compétences, ils déclarent que : « basés sur des recherches menées jusqu'à ce jour, on ne peut l'établir… »
Le contenu et le sens de cette déclaration doivent être examinés sous deux aspects. En premier lieu, il faut, dans ce cas, prendre en considération le fait que le contenu de telles possibles apparitions privées [p. 213]n'ajoute rien au contenu révélé et obligatoire de la foi. Par conséquent, ni les évêques ni le Pape lui-même n'ont l'autorité de conclure de façon infaillible que la Vierge aurait pu effectivement apparaître en quelque lieu. Ils n'ont pas non plus le pouvoir d'ordonner aux fidèles d'y croire. Le Magistère de l'Église, dans des conditions qu'on connaît, est infaillible uniquement lorsqu'il établit ce que dit ou ne dit pas la Révélation que l'Église a reçue jusqu'à la fin du temps des Apôtres, et qui est gardée dans la Bible et la Tradition. Ce qu'on ne trouve ni dans la Bible ni dans la Tradition, le Magistère ne peut proclamer comme étant l'enseignement de la foi, ni objet de foi obligatoire. Par conséquent, ceux qui ignorent cela peuvent s'attendre à ce que les évêques résolvent ainsi les questions touchant les apparitions de Medjugorje pour nous dire quoi croire ou ne pas croire.
Pourquoi alors font-ils d'attentives recherches sur ce phénomène ? Parce qu'ils se doivent d'établir si ce qui se passe là-bas et ce qu'on y annonce est en conformité avec la totalité des vérités de la foi et de l'enseignement de la morale. S'ils établissent qu'il n'y a pas de contradiction et que ce phénomène et son message concordent avec l'enseignement et la morale de l'Église catholique, ils peuvent alors, en tant que responsables de l'Église, déclarer qu'il n'y a pas d'empêchement aux rassemblements des fidèles en ce lieu, ni d'entrave à la croissance spirituelle en rapport avec ces messages. Dans le cas contraire, leur devoir serait de dévoiler les erreurs et arrêter les abus. Le texte de la Déclaration à ce propos démontre que les recherches en ce sens durent toujours.
Or, le point majeur du texte de cette Déclaration montre que nos évêques se rendent compte avant tout du fait qu'un grand nombre de fidèles ou de curieux se rassemblent à Medjugorje. Ils considèrent qu'il est de leur devoir de pourvoir à ce que cette multitude de gens rassemblés reçoive là l'annonce de la vraie foi, de la vraie catéchèse, qu'on y administre les Saints Sacrements dans la vérité et la dignité, et à ce que la piété mariale particulière de Medjugorje évolue en harmonie avec l'orthodoxie chrétienne. Cette position est la véritable nouveauté de ce document. En effet, comme le document lui-même le dit, il faut [p. 214]s'attendre à ce que soient émises des directives pastorales et liturgiques adaptées aux grands pèlerinages à Medjugorje. Ainsi se réalise une ancienne proposition, déjà soulignée dans La Voix du Concile, à l'effet de répartir les préoccupations des évêques en deux Commissions : l'une pour continuer d'étudier s'il s'agit ou non d'apparitions ou révélations surnaturelles, l'autre pour veiller à la saine et authentique liturgie lors des rassemblements à Medjugorje. Il est tout à fait possible, en effet, que la première Commission étudie encore longtemps, qu'elle décide même de ne pas publier d'avis final, alors que, par ailleurs, la résolution du problème posé par les rassemblements ne peut pas être remise à plus tard puisqu'ils continuent toujours et s'amplifient. Pour de nombreux dévots du monde entier, cette Déclaration va véritablement soulager leur conscience. Ceux qui, animés par des motifs de foi, vont à Medjugorje, savent désormais que ces rassemblements relèvent de la sollicitude pastorale régulière et de la responsabilité des successeurs des Apôtres.
Il est sans doute utile d'ajouter que le Vatican considère toujours cette Déclaration valide. La prudence et la pondération s'imposent dans de tels événements. En témoigne cette lettre, datée du 26 mai 1998, de Mgr Tarcisio Bertone, secrétaire de la Congregatio présidée par le cardinal Ratzinger, en réponse à celle de Mgr Gilbert Aubry, évêque de Saint-Denis de la Réunion. Mgr Bertone écrivait : […] Ce Dicastère […] s'en tient simplement à ce qui a été établi par les évêques de l'ex-Yougoslavie dans la déclaration de Zadar du 10 avril 1991 : “[…] Sur la base des investigations jusqu'ici conduites, il n'est pas possible d'affirmer qu'il s'agisse d'apparitions ou de révélations surnaturelles.” […] Ce que S.É. Mgr Peric a affirmé dans une lettre au Secrétaire général de Famille chrétienne, (“ma conviction et position n'est pas seulement non constat de supernaturalitate, mais également celle de constat de non supernaturalitate des apparitions ou révélations de Medjugorje”) doit être considéré comme l'expression d'une conviction personnelle de l'évêque de Mostar, lequel, en tant qu'Ordinaire du lieu, a [p. 215]toujours le droit d'exprimer ce qui est, et demeure un avis qui lui est personnel. En ce qui concerne enfin les pèlerinages à Medjugorje qui se déroulent de manière privée, cette Congrégation retient qu'ils sont permis à condition qu'ils ne soient pas considérés comme une authentification d'événements en cours et qui demandent encore un examen par l'Église.
À son tour le cardinal Christoph Schönborn, interviewé à Lourdes le 18 juillet 1998, disait :
La lettre de l'archevêque de Bertone à l'évêque de La Réunion éclaircit de manière satisfaisante ce qui a toujours été l'attitude officielle de la hiérarchie ces dernières années vis-à-vis de Medjugorje, à savoir qu'elle laisse sciemment l'affaire pendante. “Le caractère surnaturel n'est pas établi”, tels ont été les termes employés par l'ancienne conférence épiscopale de Yougoslavie à Zadar (1991). Il s'agit bien là d'une formulation qui laisse sciemment l'affaire pendante. Il n'a pas été dit que le caractère surnaturel est solidement établi, donc prouvé ou démontré. Il n'a pas été nié ou exclu non plus que les phénomènes puissent être de caractères surnaturels. Il est certain que le magistère de l'Église ne se prononcera pas définitivement tant que dureront les phénomènes extraordinaires sous forme d'apparitions ou sous d'autres formes. Mais c'est la mission des bergers que de promouvoir ce qui grandit, de favoriser les fruits qui se manifestent, de protéger si besoin est des dangers qu'il y a partout évidemment. À Lourdes aussi il faut veiller à ce que le don originel de Lourdes ne soit pas étouffé par des développements malheureux. Medjugorje non plus n'est pas invulnérable. C'est pourquoi il est ou il serait si important que les évêques aussi prennent très ostensiblement sous leur sauvegarde la pastorale de Medjugorje afin que soit protégé de possibles développements malheureux ce qu'il y a en ce lieu comme fruits manifestes.
Ces sages paroles nous aident à mieux comprendre le sens des déclarations émises tant par la Conférence épiscopale de l'ex-Yougoslavie que par le Vatican. De toutes ces déclarations, concordantes, il se dégage :
1) que les pèlerinages privés ne sont pas interdits;
[p. 216]2) qu'on encourage les prêtres à accompagner les groupes de pèlerins;
3) qu'aucun jugement définitif n'a été porté sur les apparitions.
Par conséquent, les fidèles ne se placent pas en situation de désobéissance en allant prier à Medjugorje.
Dans son livre La dernière voyante de Fatima, édition Rai Eri (2007), le cardinal Tarcisio Bertone, en parlant de Medjugorje (pp. 103-107) reconfirme cette position de l'Église de Rome.
Étude théologique sur la révélation publique et privée
Dans le journal catholique croate Glas Koncila (La Voix du Concile) en date du 26 août 2007, une analyse théologique de la révélation faite par Mijo Nikic a attiré mon attention. C'est un sérieux appel au discernement. En voici le résumé :
Le principe philosophique ‘tout ce qu'on reçoit est reçu à la manière du récepteur' veut dire que chacune de nos perceptions est forcément de caractère subjectif. Tout ce que l'être humain voit, entend, sent, vit, comprend, passe par le filtre de son monde intérieur, de son affectivité, de son passé qui déforme plus ou moins la réalité objective. Cette vérité se reflète non seulement sur le message que la personne reçoit de ce monde, mais aussi les messages qu'elle reçoit de Dieu et des êtres de l'autre monde, notamment des Personnes divines de la Trinité, de la Mère de Dieu, des anges et des saints. Tout ce que nous recevons d'eux, passe par « la passoire de nos sens » disait le cardinal Joseph Ratzinger, l'actuel pape Benoît XVI.
De la même façon réfléchit le grand connaisseur des âmes et maître de la vie spirituelle saint Ignace Loyola.
À la lumière de l'anthropologie intégrale, nous découvrons que l'homme est une unité unique composée de quatre dimensions fondamentales : physique, émotionnelle, sociale et spirituelle. La dimension spirituelle de l'être humain est la plus importante. Parce qu'il est spirituel, il peut au fond de son cœur entendre la voix de Dieu qui, [p. 217]à travers différentes révélations et apparitions, s'adresse au monde pour lui rappeler la bonne nouvelle ou l'avertir.
La révélation de Dieu passe par l'être tout entier, à travers sa pensée, ses émotions, son conscient et subconscient. Plus la personne est mature et ouverte à Dieu, plus la transmission du message sera fidèle et objective. Notre perception de la révélation peut être affectée par les blessures de notre passé, enterrées au fond de notre subconscient. C'est l'entrepôt de notre mémoire.
De façon concrète, cela signifie que les visions et les apparitions ne sont jamais transmises comme une photo visuelle ou auditive de ce que les voyants ont vu ou entendu. L'image et le contenu sont filtrés et passés à travers l'appareil psychique du voyant, à travers ses désirs conscients et inconscients, ses peurs, ses attentes, ses conflits et ses propres attitudes. Notre perception est conditionnée de façon que pour un Blanc l'ange est blanc et Satan noir, pour un Noir, c'est le contraire, l'ange est noir et Satan blanc.
Les voyants nous décrivent le message par leurs mots, comme ils peuvent. Très souvent, ils sont conscients que leur description et leurs paroles sont loin d'être ce qu'ils ont réellement vu et vécu. Il arrive que la même expérience et le même message soient transmis différemment selon les possibilités et les capacités du voyant. Le discernement des esprits est nécessaire et c'est l'Église qui doit le faire.
Il faut exclure toute perception en noir ou blanc et introduire plus de sensibilité et de nuances. Dans une authentique révélation ou apparition privée, il est possible que certains messages soient conformes et acceptables pour l'Église et pour le croyant, mais pas tous.
C'est pourquoi saint Paul a prêché la sagesse (1 Th 5, 19-22) : « N'éteignez pas l'Esprit, ne dépréciez pas les dons de prophétie; mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le. »
Lorsque le Catéchisme de l'Église catholique nous parle de la Révélation, il nous dit que nous n'avons pas encore complètement compris la Révélation de Dieu. Même si elle est terminée, tout n'a pas été dit ni épuisé. Jésus lui-même nous a dit qu'il a encore beaucoup de choses à nous dire, que nous ne pouvons pas encore porter.
[p. 218]À part la Révélation publique que l'Église a acceptée, il existe la révélation privée, les différentes apparitions, les visions, les locutions intérieures. Elles n'obligent pas la foi. Leur rôle n'est pas d'améliorer ou de compléter la Révélation du Christ, mais de pouvoir mieux la vivre dans une époque donnée de l'histoire humaine. La révélation privée est crédible dans la mesure où elle oriente vers la Révélation publique. Son message ne devrait contenir rien de ce qui est contraire à la foi ou à l'enseignement de l'Église. Il est permis qu'elle soit révélée. Les fidèles ont la permission d'y adhérer avec prudence et discernement.
Le cardinal Ratzinger a déjà dit : « Le critère de la véracité et de la valeur d'une révélation privée est son orientation vers la personne du Christ lui-même. Si elle offre quelque chose de plus important que l'Évangile, elle ne vient certainement pas de l'Esprit Saint. Cela n'exclut pas de nouveaux accents que cette révélation peut apporter dans de nouvelles formes de piété en vue d'approfondir ou d'élargir les anciennes. Dans tout cela, la révélation privée doit nourrir la foi, l'espérance et l'amour, qui reste le chemin durable du salut.
Cette analyse théologique m'a grandement aidée à comprendre le phénomène de Medjugorje dans son ensemble. Depuis plus de 20 ans, je suis témoin des grands rassemblements autour de la Table du Seigneur. Tout est centré sur la personne du Christ, que Marie, Sa Mère et la nôtre, nous présente d'une façon particulière.